LIVRES
Introduction générale à l'étude des
DOCTRINES HINDOUES
INDEX

In-8 carré 346 pages (1921)

C'est un .lieu commun de la littérature publicitaire que d'affirmer que le contenu d'un. ouvrage dépasse les promesses de son titre. Pourtant c'est bien ce qu'il nous faut dire ici pour être véridique. Si ce livre, dans ses troisième et quatrième parties renferme bien tout ce qu'il est indispensable de connaître pour aborder la tradition hindoue, ses deux premières partie constituent non seulement ,une introduction à l'étude des doctrines orientales en genéral mais encore une introduction à l'étude de la Tradition tout court, sous les différents vêtements qu'elle a pris suivant les époques et les pays, et ouvrent une voie d'accès vers une plus parfaite compréhension du Christianisme comme du Judaïsme de 1'Islamisme comme du Lamaïsme et du Taoïsme.

CONSIDÉRATIONS .PRÉLIMINAIRES
Orient et Occident p. 9
La divergence p. 15
Le préjugé classique p. 21
Les relations des peuples anciens p. 29
Questions de chronologie p. 35
Difficultés linguistiques p. 45

LES MODES GÉNÉRAUX
DE LA PENSÉE ORIENTALE
Les grandes divisions de l'Orient ...-p 53
Principes d'unité des civilisation orientales p. 59
Que faut-il entendre par tradition ?- 67
Tradition et religion p. 73
Caractères essentiels de la métaphysique p. 87
Rapports de la métaphysique et de la théologie p. 99
Symbolisme et anthropomorphisme - p.107
Pensée métaphysique et pensée philosophique p. 115
Ésotérisme et exotérisme p. 133
La réalisation métaphysique p. 143

LES DOCTRINES HINDOUES
Signification précise du mot « hindou » p. 151
La perpétuité du Vêda p. 159
Orthodoxie et hétérodoxie p. 165
A propos du Bouddhisme p. 171
La Loi de Manu p. 185
Principe de l'institution des castes .- 191
Shivaïsme et Vishnuïsme p. 199
Les points de vue de la doctrine p. 205
I.e Nyâya p. 213
Le Vaishêshika p. 219
Le Sankhya p. 229
Le Yoga p. 235
La Mîmânsâ p. 241
Le Vêdânta p. 249
Remarques complémentaires sur l'ensemble
de la doctrine p. 257
I,'enseignement traditionnel p. 261

LES INTERPRÉTATIONS OCCIDENTALES
L'orientalisme officiel p. 267
La science des religions p. 273
Le Théosophisme p. 281
Le Vêdânta occidentalisé p. 291
Dernières observations p. 297
CONCLUSION p.303


CHAPITRE X

LA REALISATION METAPHYSIQUE

En indiquant les caractères essentiels de la métaphysique, nous avons dit qu'elle constitue une connaissance intuitive, c'est-à-dire immédiate, s'opposant en cela à la connaissance discursive et médiate de l'ordre rationnel. L'intuition intellectuelle est même plus immédiate encore que l'intuition sensible, car elle est au delà de la distinction du sujet et de l'objet que cette dernière laisse subsister ; elle est à la fois le moyen de la connaissance et la connaissance elle-même, et, en elle, le sujet et l'objet sont unifiés et identifiés. D'ailleurs, toute connaissance ne mérite vraiment ce nom que dans la mesure où elle a pour effet de produire une telle identification, mais qui, partout ailleurs, reste toujours incomplète et imparfaite ; en d'autres termes, il n'y a de connaissance vraie que celle qui participe plus ou moins à la nature de la connaissance intellectuelle pure, qui est la connaissance par excellence. Toute autre connaissance, étant plus ou moins indirecte, n'a en somme qu'une valeur surtout symbolique ou représentative ; il n'y a de connaissance véritable et effective que celle qui nous permet de pénétrer dans la nature même des choses, et, si une telle pénétration peut déjà avoir lieu jusqu'à un certain point dans les degrés inférieurs de la connaissance, ce n'est que dans la connaissance métaphysique qu'elle est pleinement et totalement réalisable.
La conséquence immédiate de ceci, c'est que connaître et être ne sont au fond qu'une seule et même chose ; ce sont, si l'on veut, deux aspects inséparables d'une réalité unique, aspects qui ne sauraient même plus être distingués vraiment là où tout est « sans dualité ». Cela suffit à rendre complètement vaines toutes les « théories de la connaissance » à prétentions pseudo-métaphysiques qui tiennent une si grande place dans la philosophie occidentale moderne, et qui tendent même parfois, comme chez Kant par exemple, à absorber tout le reste, :ou tout au moins à se le subordonner ; la seule raison d'être de ce genre de théories est dans une attitude commune à presque tous les philosophes modernes, et d'ailleurs issue du dualisme cartésien, attitude qui consiste à opposer artificiellement le connaître à l'être, ce qui est la négation de toute métaphysique vraie. Cette philosophie en arrive ainsi à vouloir substituer la « théorie de la connaissance » à la connaissance elle-même, et c'est là, de sa part, un véritable aveu d'impuissance ; rien n'est plus caractéristique à cet égard que cette déclaration de Kant : « La plus grande et peut-être la seule utilité de toute philosophie de la raison pure est, après tout, exclusivement négative, puisqu'elle est, non un instrument pour étendre la connaissance mais une discipline pour la limiter » (1). De telles paroles ne reviennent-elles pas tout simplement à dire que l'unique prétention des philosophes doit être d'imposer à tous les bornes étroites de leur propre entendement. C'est là, du reste, l'inévitable résultat de l'esprit de système, qui est, nous le répétons, antimétaphysique au plus haut point.
La métaphysique affirme l'identité foncière du connaître et de l'être, qui ne peut être mise en doute (lue par ceux qui ignorent ses principes les plus élémentaires ; et, comme cette identité est essentiellement inhérente à la nature même de l’intuition intellectuelle, elle ne l'affirme pas seulement, elle la réalise.
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(1) Kritik der reinen Vernunft, éd. Hartenstein, p. 256.