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L'ÉSOTÉRISME DE DANTE
INDEX

In-18 de 100 pages (1925)

On a soupçonné depuis longtemps, et Dante lui-même le laisse entendre assez clairement que le texte, de la Comédie renferme plusieurs sens cachés dont le sens apparent n'est qu'un voile, et qui doivent être recherchés par ceux qui sont capables de les pénétrer. La « catholicité » de la Tradition permet à René Guénon de faire appel aux doctrines hindoues et islamiques (Dante, semble avoir.eu connaissance de ces dernières) pour restituer le sens profond de la Comédie . Le chef d'oeuvre du grand Florentin retrace un processus de réalisation spirituelle où l'Enfer ,représente un épuisement des possibilités inférieures qui sont dans l'état humain comme un vestige des états antérieurs de l?être, où le Purgatoire décrit le travail de purification qui aboutit à la restauration de l? « état édénique », et où le Paradis expose la conquête des états supra-humains à travers la hiérarchie des cieux planétaires. On pense bien que dans un pareil travail l'auteur a de multiples occasions d'apporter des éclaircissements sur de nombreux points touchant aux sciences traditionnelles, le symbolisme des nombres, la doctrine des cycles cosmiques et le « Grand Oeuvre » des hermétistes.






SENS APPARENT ET SENS CACHÉ p. 7
LA «FEDE SANTA » p.11
RAPPROCHEMENTS MAÇONNIQUES ET HERMÉTIQUES p.17
DANTE ET LE ROSICRUCIANISME p. 29
VOYAGES EXTRA-TERRESTRES DANS DIFFÉRENTES TRADITIONS p. 38
LES TROIS MONDES p. 45
LES NOMBRES SYMBOLIQUES p. 51
LES CYCLES COSMIQUES p. 60
ERREUR DES INTERPRÉTATIONS SYSTÉMATIQUES p. 73



CHAPITRE VI
LES TROIS MONDES

La distinction des trois mondes, qui constitue le plan général de la Divine Comédie, est commune à toutes les doctrines traditionnelles ; mais elle prend des formes diverses, et, dans l'Inde même, il y en a deux qui ne coïncident pas, mais qui ne sont pas en contradiction non plus, et qui correspondent seulement à des points de vue différents. Suivant l’une de ces divisions, les trois mondes sont les Enfers, la Terre et les Cieux ; suivant l'autre, où les Enfers ne sont plus envisagés, ce sont la Terre, l'Atmosphère (ou région intermédiaire) et le Ciel. Dans la première, il faut admettre que la région intermédiaire est considérée comme un simple prolongement du monde terrestre ; et c'est bien ainsi qu'apparaît chez Dante le Purgatoire, qui peut être identifié à cette même région. D'autre part, en tenant compte de cette assimilation, la seconde division est rigoureusement équivalente à la distinction faite par la doctrine catholique entre l'Église militante, l'Église souffrante et l'Église triomphante ; là non plus, il ne peut être question de l'Enfer. Enfin, pour les Cieux et les Enfers, des subdivisions en nombre variable sont souvent envisagées; mais, dans tous les cas, il s'agit toujours d'une répartition hiérarchique des degrés de l'existence, qui sont réellement en multiplicité indéfinie, et qui peuvent être classés différemment suivant les correspondances analogiques que l'on prendra comme base d'une représentation symbolique.
Les Cieux sont les états supérieurs de l'être ; les Enfers, comme leur nom même l'indique d'ailleurs, sont les états inférieurs ; et, quand nous disons supérieurs et inférieurs, cela doit s'entendre par rapport à l'état humain ou terrestre, qui est pris naturellement comme terme de comparaison, parce qu'il est celui qui doit forcément nous servir de point de départ. L'initiation véritable étant une prise de possession consciente des états supérieurs, il est facile de comprendre qu'elle soit décrite symboliquement comme une ascension ou un « voyage céleste »; mais on pourrait se demander pourquoi cette ascension doit être précédée d'une descente aux Enfers. Il y a à, cela plusieurs raisons, que nous ne pourrions exposer complètement sans entrer dans de trop longs développements, qui nous entraîneraient bien loin du sujet spécial de notre présente étude ; nous dirons seulement ceci d'une part, cette descente est comme une récapitulation des états qui précèdent logiquement l'état humain, qui en ont déterminé les conditions particulières, et qui doivent aussi participer à la « transformation » qui va s'accomplir ; d'autre part, elle permet la manifestation, suivant certaines modalités, des possibilités d'ordre inférieur que l'être porte encore en lui à l'état non-développé, et qui doivent être épuisées par lui avant qu'il lui soit possible de parvenir à la réalisation de ses états supérieurs. Il faut bien remarquer, d'ailleurs, qu'il ne peut être question pour l'être de retourner effectivement à des états par lesquels il est déjà passé ; il ne peut explorer ces états qu'indirectement, en prenant conscience des traces qu'ils ont laissées dans les régions les plus obscures de l'état humain lui-même : et c'est pourquoi les Enfers sont représentés symboliquement comme situés à l'intérieur de la Terre. Par contre, les Cieux sont bien réellement les états supérieurs, et non pas seulement leur reflet dans l'état humain, dont les prolongements les plus élevés ne constituent que la région intermédiaire ou le Purgatoire, la montagne au sommet de laquelle Dante place le Paradis terrestre.
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