/apercus.html"> Rene Guenon, Mythes, mystères et symboles, Sacrements et rites initiatiques
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LIVRES
APERÇUS sur L'INITIATION
INDEX

AVANT-PROPOS p. 7

Voie initiatique et voie mystique. p.13
Magie et mysticisme p.19
Erreurs diverses concernant l'initiation p.24
Des conditions de l'initiation p.20
De la régularité initiatique p.35
Synthèse et syncrétisme - - - p. 43
Contre le mélange des formes traditionnelles p.48
De la transmission initiatique p.53
Tradition et transmission p.61
Des centres initiatiques ... p.65
Organisations initiatiques et sectes p.religieuses p.72
Organisations initiatiques et sociétés secrètes p.77
Du secret initiatique p.89
Des qualifications initiatiques .. .. p.96
Des rites initiatiques
Le rite et le symbole p.115
Mythes, mystères et symboles p.120
Symbolisme et philosophie p.129
Rites et cérémonies p.136
A propos de «magie cérémonielle » . p.141
Des prétendus « pouvoirs p.Psychiques p. p.147
Le rejet des « pouvoirs » p. p.I53
Sacrements et rites initiatiques . . p.158
La prière et l'incantation p.165
Des épreuves initiatiques p.172
De la mort initiatique p.I78
Noms Profanes et noms initiatiques. p.182
Le symbolisme du théâtre p.188
« Opératif » et « spéculatif » p.192
Initiation effective et initiation virtuelle p.198
De l'enseignement p.initiatique .. p.202
Les limites du mental p.210
Connaissance initiatique et « culture » Profane p.215
Mentalité scolaire et pseudo-initiation p.220
Initiation et «passivité » p.226
Initiation et «Service » p.232
Le don des langues p.236
Rose-Croix et Rosicruciens p.241
Grands mystères et Petits mystères - - p.248
Initiation sacerdotale et initiation p.royale p.254
Quelques considérations sur l'hermétisme p.259
Transmutation et transformation p.-267
Sur la notion de l'élite p.272
De la hiérarchie initiatique p.277
De l'infaillibilité traditionnelle p.282
Sur deux devises initiatiques p.289
« Verbum, Lux et Vita » p.294
La naissance de l'Avatara.. p.299
LES LIMITES DU MENTAL
p.213

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Cette préparation théorique, si indispensable qu'elle soit en fait, n'a pourtant en elle-même qu'une valeur de moyen contingent et accidentel; tant qu'on s'en tient là,. on ne saurait parler d'initiation effective, même au degré le plus élémentaire. S'il n'y avait rien de plus ni d'autre, il n'y aurait là en somme que l'analogue, dans un ordre plus élevé, de ce qu'est une « spéculation » quelconque se rapportant à un autre domaine ; car une telle connaissance, simplement théorique, n'est que par le mental, tandis que la connaissance effective est « par l'esprit et l'âme », c'est-à-dire en somme par l'être tout entier. C'est d'ailleurs pourquoi, même en dehors du point de vue initiatique, les simples mystiques, sans dépasser les limites du domaine individuel, sont cependant, dans leur ordre qui est celui de la tradition exotérique, incontestablement supérieurs non seulement aux philosophes, mais même aux théologiens, car la moindre parcelle de connaissance effective vaut incomparablement plus que tous les raisonnements qui ne procèdent que du mental (2). Tant que la connaissance n'est que par le mental, elle n'est qu'une simple connaissance e par « reflet », comme celle des ombres que voient les prisonniers de la caverne symbolique de Platon, donc une connaissance indirecte et tout extérieure; passer de l'ombre à la réalité, saisie directement en elle-même, c'est proprement passer de l' « extérieur » à l’« intérieur », et aussi, au point de vue où nous nous plaçons plus particulièrement ici, de l'initiation virtuelle à l'initiation effective. Ce passage implique la renonciation au mental, c'est-à-dire à toute faculté discursive qui est désormais devenue impuissante, puisqu'elle ne saurait franchir les limites qui lui sont imposées par sa nature même (3) ; l'intuition intellectuelle seule est au delà de ces limites, parce qu'elle n'appartient pas à l'ordre des facultés individuelles. On peut, en employant le symbolisme traditionnel fondé sur les correspondances organiques, dire que le centre de la conscience doit être alors transféré du « cerveau » au « cœur » (4) ; pour ce transfert, toute « spéculation » et toute dialectique ne sauraient évidemment plus être d'aucun usage; et c'est à partir de là seulement qu'il est possible de parler véritablement d'initiation effective. Le point où commence celle-ci est donc bien au delà de celui où finit tout ce qu'il peut y avoir de. relativement valable dans quelque t spéculation que ce soit; entre l'un et l'autre, il y a un véritable abîme, que la renonciation au mental, comme nous venons de le dire, permet seule de franchir. Celui qui s'attache au raisonnement et ne s'en affranchit pas au moment voulu demeure prisonnier de la forme, qui est la limitation par laquelle se définit l'état individuel; il ne dépassera donc jamais celui-ci, et il n'ira jamais plus loin que l' « extérieur », c'est-à-dire qu'il demeurera lié au cycle indéfini de la manifestation. Le passage de l’« extérieur » à l' « intérieur », c'est aussi le passage de la multiplicité à l'unité, de la circonférence au centre, au point unique d'où il est possible à l'être humain, restauré dans les prérogatives de l' « état primordial », de s'élever aux états supérieurs et, par la réalisation totale de sa véritable essence, d'être enfin effectivement et actuellement ce qu'il est potentiellement de toute éternité. Celui qui se connaît soi-même dans la « vérité » de l' « Essence » éternelle et infinie , celui-là connaît et possède toutes choses en soi-même et par soi-même, car il est parvenu à l'état inconditionné qui ne laisse hors de soi aucune possibilité, et cet état, par rapport auquel tous les .autres, si élevés soient-ils, ne sont-réellement encore que des stades préliminaires sans aucune commune mesure avec lui (3), cet état qui est le but ultime de toute initiation, est proprement ce qu'on doit entendre par l' « Identité Suprême ».